RÉMY HYSBERGUE

Je peins d’abord en blanc ou en noir en épaisseur, et avant que ça ne sèche, avant que la peinture ne s’aplatisse, je peins les tranches de cette peinture, avec des zones claires, des zones foncées et un jeu de lumière avec une cohérence qui donne l’impression que ça vient d’un endroit, comme si c’était éclairé par un spot ou une bougie…” a-t-il expliqué dernièrement. Et d’ajouter songeur : “Il peut y avoir des abstractions compliquées ou lourdes. Kirkeby, par exemple, c’est très lourd. Je ne sais pas si c’est de l’abstraction ou de la figuration. Ce sont des tranches de couleurs, oui ce sont aussi des nivellements de strates.” Fragmentées en ensembles homogènes de séries successives, auxquelles s’ajoutent quelques pièces isolées, ses oeuvres se présentent sous la forme de propositions pragmatiques et d’énoncés périlleux. En effet, la démarche artistique de Rémy Hysbergue (Photo ci-dessous Crédit@DR) nous parle d’une sérialisation synthétique nourrie par un regard distancié et une expérience d’ordre psychique saisissante. Entre déplacements, franchissement et conduite forcée, elle sonde nos accoutumances esthétiques et nos soumissions aux signes et séductions visuelles contemporaines. Le regardeur appréciera cette déprogrammation du regard contrariant les immédiatetés et pensant sa propre différence. On aime tout particulièrement cette pratique combattant, sur fonds de velours, l’idée parfois régressive de l’habitude - dans une traversée oblique des marges d’apparitions - engageant un questionnement sur la présence problématique de la peinture à elle -même et les conséquences toujours improbables du geste !